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Autrui mon semblable et ressemblance

Concept de ressemblance

Examinons ce concept de "ressemblance", et voyons comment il peut fonder une relation morale avec autrui.
Si A ressemble à B, cela signifie que A n'est pas identique à B. Comprenons bien cet aspect de la signification du concept: je ressemble à mon père, je ne suis pas mon père. La ressemblance vient après la différence qui est première ou fondamentale. Ainsi, le concept pose des individus singuliers: il y a moi, il y a l'autre, il y a une irréductible différence (je suis fondamentalement moi différent de l'autre, et réciproquement) et des points communs (il y a moins de différences entre nos deux crânes, qu'entre nos crânes et ceux du chimpanzés). Ce qui ressemble peut éventuellement s'assembler, mais est d'abord distinct. Posant au départ la différence, la ressemblance exclut de conclure à l'identité.

Construire un lien moral avec autrui sur le critère de ressemblance implique donc cette hypothèse implicite qu'autrui est fondamentalement distinct de moi. Il est, nous sommes des êtres fondamentalement singuliers, des individus. Mais par-delà cette singularité qui nous distingue, nous pourrions reconnaître des convergences. Sur ces "ressemblances", pouvons-nous fonder un rapport de respect, c'est-à-dire de reconnaissance de la valeur de l'autre?

Là de nouveau, il va nous falloir envisager une hypothèse. La reconnaissance des ressemblances n'est que le résultat d'une opération de jugement empirique: mon expérience de moi-même et des autres êtres me permet d'en reconnaître un certain nombre qui me (se) ressemblent. Passer du constat empirique au jugement de valeur impose de considérer que la valeur se reconnaîtrait par un tel constat. Ce qui vaut se reconnaîtrait ici-bas dans le monde, par un jugement fondé sur l'expérience humaine. Nous reconnaissons l'hypothèse spinoziste qui considère le bien, c'est-à-dire ce qui vaut, comme subjectif et immanent. Et en effet, la morale spinoziste est bâtie sur ce principe: autrui est une valeur en tant qu'il m'est le plus utile. Et comment reconnaître le plus utile? Comment le reconnaître sans sortir de l'immanence et de l'expérience? C'est celui qui me ressemble.

Cependant, nous voyons ici le problème qui se pose et qui n'a pas échappé à Spinoza. Celui qui me ressemble, à quoi en moi doit-il ressembler? Le drogué ressemble au drogué. Lui est-il "le plus utile"? Celui qui me ressemble, ce peut-être celui qui partage mes croyances, mes haines, mes folies. Et en effet, le critère de ressemblance désigne le semblable. Toutes les délimitations du domaine du "semblable" sont alors possibles. Spinoza butte sur un écueil: en posant comme irréductible la singularité des individus, on ne peut donner de critère universel de reconnaissance du "semblable" par comparaison empirique. Le respect dû à l'autre n'excédera pas alors les frontières de la tribu, de la bande, de l'ethnie, de la race, de la croyance, etc. C'est pourquoi Spinoza trahit l'hypothèse d'une singularité fondamentale des individus pour poser une identité fondamentale: la nature humaine, que caractérise la raison. Ainsi, l'homme le plus utile, c'est l'homme rationnel. Mais par là, ce n'est plus la différence qui est posée d'abord, c'est l'identité.
Nous voyons donc la difficulté qu'il y a à fonder un lien moral avec autrui sur la ressemblance, c'est-à-dire, la différence prise comme fondement. Spinoza dit lui-même que le semblable c'est l'individu "tout à fait de même nature". Il y aurait donc une identité qui transcenderait les différences. Est-ce là l'échec définitif du critère de ressemblance?

Auteur : Professeur LA
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cette fiche est interessante dans la mesure ou elle traite des 2 notions et de plus elle montre bien le lien entre celles ci

erding le 16/06/2010 à 12:10 - 74250

Permettez moi d'émettre une petite objection , vous répétez ici plusieurs fois la notion d'obligation , " L'homme est obligé d'inventer et de fabriquer des objets parce que " , or il me semble que l'obligation suppose la liberté . Vous soulignez pourtant la nécessité du travail comme condition de la survie de l'homme . L'homme n'est alors pas libre devant le travail , il n'en va pas de sa volonté , ne faudrait-il pas dire " contraint " , si le travail est une fatalité comme vous le dite , l'homme , face à cette nécessité , n'est-il pas " contraint " , dans le sens d'une pression , d'une violence qui s'exerce sur lui et qui le place devant le travail comme condition de sa survie ?

Pauladeb le 16/06/2010 à 09:13 - 72000

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