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Autrui mon semblable et ressemblance

Lien moral entre hommes et ressemblance

Reprenons le concept. Nous avons vu que le ressemblant, par définition, n'est pas l'identique. Le ressemblant rapproche des êtres irréductiblement singuliers. Or le lien moral peut-il se fonder autrement que sur la reconnaissance de l'identité?

La morale n'a de sens qu'universelle. Janhélévitch nous le rappelle, soulignant que le relativisme moral, qui valorise la différence, s'appuie sur une exigence d'universalité, celle de la valeur de la différence: "dans toutes les négations de la morale s'affirme avec la même force le moralisme universel et obligatoire". Le critère de ressemblance peut-il conduire à autre chose qu'à une multiplicité de définitions du "semblable"? S'il n'y a que des individus singuliers, la ressemblance sera toujours relative à un aspect arbitrairement sélectionné.
On peut sortir de cette difficulté en renonçant à l'hypothèse selon laquelle la différence constituerait un fondement. On la remplacera par cette autre hypothèse: l'identité est le fondement de l'humanité. Les humains ne sont plus alors considérés comme des singularités irréductibles partageant certains traits, mais comme une identité fondamentale que masquent les particularités qui nous différencient. Mon semblable ne m'apparaît plus en tant qu'il me ressemble (il y a moi, il y a lui, et des points communs) mais en tant que toute différence disparaît ) son contact (il n'y a plus ni moi, ni lui, mais un être identique et anonyme: l'humain). Comme le souligne Spinoza, le contact rationnel avec autrui dévoile cette identité anonyme. La raison est identique, universelle et anonyme. Ce n'est pas "moi" qui raisonne, ni "lui", c'est la raison elle-même. Dans la raison, la singularité s'évanouit, la différence disparaît, le "moi" s'efface, ainsi que "l'autre".

L'identité ne peut pas se conclure par comparaison: elle met en évidence les points communs mais sur un fond d'irréductible différence. Montrer comme le fait le biologiste, que nous avons une structure biologique comparable, ne nous montre pas que l'autre est identique à moi, pas plus qu'un jumeau ne se confondra avec son frère parce que leurs images sont quasiment indiscernables. L'identité ne peut pas se voir dans la ressemblance, et c'est pourquoi le message du biologiste ne convainc que ceux qui sont déjà convaincus. Les "non convaincus" auront alors beau jeu de dénoncer là un "humanitairement bêlant", c'est-à-dire un conformisme idéologique.

Le problème de la reconnaissance du semblable comme l'identique est très ancien. La tradition biblique apporte sa solution: autrui est reconnu comme notre semblable grâce à la révélation. Que nous dit-elle? "Dieu créa l'homme à son image" (Genèse 1-27). Le semblable, c'est celui qui est, identiquement à moi, image de Dieu. Je reconnais autrui comme mon semblable, non parce qu'il me ressemble, mais parce qu'il m'est fondamentalement identique. Ainsi, même la créature la plus dissemblable (l'handicapé lourd) nécessitera mon respect en tant qu'image de Dieu. Bien sûr, un tel fondement est fragile, comme l'histoire de la religion biblique l'a montré. Comment en effet savoir qui possède cette identité qu'aucune apparence ne dévoile? Le visage le plus "ressemblant" peut cacher le démon. Qui est homme, et qui ne l'est pas? La reconnaissance d'autrui comme semblable à Dieu court le risque de tous les arbitraires? Spinoza a souligné les dangers du recours à la transcendance, c'est pourquoi il cherchait un critère immanent de reconnaissance de la valeur d'autrui.

Un critère dégagé par Spinoza et développé par Kant, est celui de la raison (que Spinoza écrit Raison). Dans la raison, l'individu laisse s'effacer ses particularités, son moi, son altérité pour n'être que cette identité anonyme qu'est l'esprit rationnel. Mais pourquoi respecter l'être doué de raison? Kant rejette le critère d'utilité, toujours discutable. Il veut un critère indiscutable, c'est-à-dire tiré de la raison elle-même, et non de l'expérience. Il raisonne ainsi: seule la valeur vaut, or seule la raison produit des valeurs, par les impératifs catégoriques. Donc la raison est une valeur, parce qu'elle fait exister les valeurs, les lois morales. Respecter l'autre, c'est respecter la raison, c'est respecter les valeurs que la raison produit. Ce n'est donc pas l'autrui que l'on respecte, mais la raison comme source de valeurs: les lois morales. Bien sûr, tout ce raisonnement s'écroule si l'on objecte, comme le fera Hegel, que l'impératif catégorique ne nous livre que du non-contradictoire, et pas des valeurs. Néanmoins, la raison n'est-elle pas le lien immanent le plus général qui relie les hommes?

Auteur : Professeur LA
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cette fiche est interessante dans la mesure ou elle traite des 2 notions et de plus elle montre bien le lien entre celles ci

erding le 16/06/2010 à 12:10 - 74250

Permettez moi d'émettre une petite objection , vous répétez ici plusieurs fois la notion d'obligation , " L'homme est obligé d'inventer et de fabriquer des objets parce que " , or il me semble que l'obligation suppose la liberté . Vous soulignez pourtant la nécessité du travail comme condition de la survie de l'homme . L'homme n'est alors pas libre devant le travail , il n'en va pas de sa volonté , ne faudrait-il pas dire " contraint " , si le travail est une fatalité comme vous le dite , l'homme , face à cette nécessité , n'est-il pas " contraint " , dans le sens d'une pression , d'une violence qui s'exerce sur lui et qui le place devant le travail comme condition de sa survie ?

Pauladeb le 16/06/2010 à 09:13 - 72000

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