Le Sujet
Hume, Traité de la nature humaine, je ne suis et ne prend conscience de moi-même que tant que je perçois quelque chose. Le moi n'a pas de réalité en dehors des sensations que nous éprouvons, ce n'est pas une chose permanente et subsistante: le sentiment que j'ai de moi-même n'est pas le sentiment de quelque chose; le moi n'est rien d'autre que ce sentiment lui-même.
Michel Foucault, l'Histoire de la sexualité, J me pense UN parce que l'existence social exige une telle identité: le moi n'est peut être rien d'autre qu'une fiction utile, utile socialement et politiquement. L'impératif de rechercher une vérité sur soi n'est rien d'autre que la forme la plus expressive du pouvoir moderne. Le soucis moderne de la subjectivité, de la recherche d'une vérité sur soi même n'est que la forme de soumission moderne des individus au pouvoir. Cette transparence des sujets qu'exige le pouvoir moderne engage une domination intégrale du pouvoir sur l'expérience humaine. On nous a constamment sollicités à chercher une vérité sur le sujet que nous sommes afin de faire de nous des sujets dociles, au sens politique du terme, c'est à dire des individus pleinement assujettis à l'ordre social et politique.
Loin de pouvoir être atteinte au travers d'une réduction métaphysique doit être sans doute envisagée en actes, dans le rapport concret aux autres, rapport qui me définit essentiellement.
L'identité est inséparable d'une condition si l'on entend par là comme le souligne Sartre dans L'existentialisme est un humanisme, la nécessité qui est mienne « d'être dans le monde, d'y être au travail, d'y être au milieu des autres et d'y être mortel ». C'est dans cet ensemble de relations que je me forme et me découvre à moi-même. Mon identité se décide dans ma relation à l'autre. Et si les autres peuvent être des obstacles à cette connaissance ils en sont aussi la condition de possibilité.
Hegel, Esthétique, distingue deux formes de la conscience de soi, l'une théorique qui serait le résultat d'une introspection et l'autre pratique quand je m'éprouve moi-même dans « le spectacle de ma propre activité », la seconde manifeste mon identité bien plus que la première. Ainsi, dans le travail ce n'est pas simplement une matière à laquelle je donne forme mais c'est aussi mon identité » qui reçoit une forme concrète dans mon activité. Étant dépossédé du produit de mon travail, c'est de moi dont je suis dépossédé.
Ainsi notre identité serait inséparable d'une condition sociale et historique qui lui donne forme et sens.
Montaigne, Essais, l'identité est inséparable de sa représentation elle-même. C'est dans son interprétation même que mon identité prend forme et sens et cette identité dépend essentiellement de la façon dont je l'éclaire.
Se dire, ce n'est pas simplement s'apprendre à soi-même qui l'on est mais c'est se faire être: l'identité est un acte d'interprétation et c'est aussi pour cela que cherchant à me connaître moi-même je peux dans cette représentation me jouer de moi-même.
Si l'identité est inséparable de son interprétation, chercher à se connaître, c'est à la fois donner sens à ce que je suis et transformer ce que je suis dans cette donation de sens.
Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, mon existence se dessine dans cet effort de ré interprétation et ce n'est pas tant mon passé qui instruit mon présent que mon présent qui informe mon passé. La connaissance de soi ne vise pas un objet, le « moi », déjà-là, pré constitué dans un passé indéfini: cette connaissance recrée son objet en l'interrogeant. Toute quête de soi est une création de soi.
L'identité n'est nullement une donnée immédiate mais bien plutôt une conquête, le conquête d'un sens et d'une liberté jamais totalement accomplie. Prendre conscience de soi apparaît comme cet effort perpétuellement recommencé pour accorder le Même et l'Autre.




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cool la conclusion
rosine le 19/12/2010 à 23:18 - 237
cool la conclusion
rosine le 19/12/2010 à 23:18 - 237
cette fiche est interessante dans la mesure ou elle traite des 2 notions et de plus elle montre bien le lien entre celles ci
erding le 16/06/2010 à 12:10 - 74250
Permettez moi d'émettre une petite objection , vous répétez ici plusieurs fois la notion d'obligation , " L'homme est obligé d'inventer et de fabriquer des objets parce que " , or il me semble que l'obligation suppose la liberté . Vous soulignez pourtant la nécessité du travail comme condition de la survie de l'homme . L'homme n'est alors pas libre devant le travail , il n'en va pas de sa volonté , ne faudrait-il pas dire " contraint " , si le travail est une fatalité comme vous le dite , l'homme , face à cette nécessité , n'est-il pas " contraint " , dans le sens d'une pression , d'une violence qui s'exerce sur lui et qui le place devant le travail comme condition de sa survie ?
Pauladeb le 16/06/2010 à 09:13 - 72000
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