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Faut-il philosopher pour bien vivre ?

Argument éthique

(voire les positions de Hobbes dans « Le citoyen »et de Nietzsche dans « La généalogie de la morale » et « La volonté de puissance »)

Un homme est un animal social et conscient de lui-même et il ne peut être heureux qu'à deux conditions :

• Qu'il réalise ses désirs sensibles propres, physiques et sociaux ; ce qui suppose des circonstances biologiques et extérieures favorables et la richesse pour s'approprier, légalement et sans violence dangereuse pour lui aussi, le maximum d'objets de plaisir.

• Qu'il puisse mettre en oeuvre en cela son désir essentiel de s'aimer lui-même, de se reconnaître comme valeur aux yeux des autres et à ses propres yeux, que ce soit dans l'obtention du pouvoir, des honneurs et de l'amour, dans l'avoir, le pouvoir ou l'apparence (image de soi) etc..; la vanité est, en effet, la passion naturelle de l'homme en tant qu'il est conscient de lui et capable de se juger et de juger les autres (bien ou mal, c'est une autre question) pour s'estimer comparativement à eux.

Le bonheur suppose confiance en soi, puissance et désir de puissance, habileté technique, ruse et courage pour accéder à la reconnaissance de soi par les autres et par soi, en une compétition dans lesquelles les chances de l'emporter dépendent d'abord de la force de nos certitudes et de la croyance en notre succès, donc de nos passions égocentriques et vaniteuses (mais pas forcément égoïste : un bon usage de la vanité, dans des circonstances favorables, est de pratiquer l'altruisme qui nous fait aimer des autres et peut les rendre dépendants de nous). Or la réflexion philosophique provoque le doute sur la valeur de nos désirs et sur notre propre valeur ; ce doute entretient l'irrésolution, la peur de mal faire ou de se tromper ; voire le refus du monde sensible et du désir passionnel, jusqu'à nous faire espérer que la mort nous libérerait des contradictions de la vie sensible et désirante ; jusqu'à nous faire renoncer au bonheur ici-bas pour la béatitude post-mortem sans désir, ni conflit ; ce qui suppose du reste une foi religieuse bien peu philosophique dans son fondement, car la foi est nécessairement supra, voire irrationnelle ; de plus que signifie pour nous, êtres vivants, de chair et de désir, un bonheur sans plaisir sensible, un plaisir sans désir et souffrance ? C'est non seulement rationnellement indéfinissable aux dire des mystiques eux-mêmes mais inimaginable pour quiconque raisonne sur l'expérience du bien vivre avec soi et les autres.
Plus prosaïquement, la philosophie oppose la vision matérialiste et sociale du bonheur de la foule, fondée sur les désirs sensibles, au concept du bonheur et/ou du bien vivre philosophique, spirituel et contemplatif ; mais, ce faisant elle isole le philosophe et l'oppose au plus grand nombre. Et, à moins de convaincre tous les hommes à la philosophie, elle conduit quiconque s'y livre à s'opposer au jeu social et le condamne à la solitude qui en découle ; mais plus profondément, elle provoque nécessairement l'intériorisation en lui-même de ces oppositions entre corps et esprit, bonheur sensible et bonheur intelligible, raison et passion dont se nourrit et se réclame la pensée philosophique. Donc loin de réduire les contradictions de l'existence elle les aiguise davantage ; comment peut-elle alors prétendre les réduire au bénéfice de la cohérence et de l'harmonie, conditions indispensables, selon elle, du bien vivre et du bonheur supérieur ?

Tels sont donc les arguments les plus radicaux et donc les plus philosophiques que l'on peut opposer à la réflexion philosophique dans sa prétention à être une condition nécessaire du bien vivre. Mais, paradoxalement, la critique philosophique de la réflexion philosophique n'est-elle pas le meilleur argument en sa faveur ? N'est ce pas-là le meilleur témoignage de sa capacité à penser même ce qui lui résiste et s'y oppose ? Pour démontrer la non valeur de la réflexion philosophique, comme le dit Aristote, il faut philosopher et donc en même temps lui reconnaître la valeur qu'on lui dénie. Et si cette valeur échappe à la critique de et chez ceux-là même qui la critique, quelle critique peut-on développer contre les adversaires de la philosophie et leurs arguments les plus forts que nous venons d'examiner et qui ne sont tels que parce qu'ils philosophent? Remarquons en effet que les adversaires de la philosophie ne sont pertinents dans leur critique que parce qu'ils sont aussi philosophes et donc font de la philosophie pour fonder et justifier leur propre conception du bien vivre. Cette justification même ne serait-elle pas l'indice que le bonheur exige réflexion et justification, ne serait que pour être conscient de soi et de sa vie et accroître ce sentiment intérieur de satisfaction de soi en tant qu'être conscient et autonome ?

 

Auteur : Gigii
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cette fiche est interessante dans la mesure ou elle traite des 2 notions et de plus elle montre bien le lien entre celles ci

erding le 16/06/2010 à 12:10 - 74250

Permettez moi d'émettre une petite objection , vous répétez ici plusieurs fois la notion d'obligation , " L'homme est obligé d'inventer et de fabriquer des objets parce que " , or il me semble que l'obligation suppose la liberté . Vous soulignez pourtant la nécessité du travail comme condition de la survie de l'homme . L'homme n'est alors pas libre devant le travail , il n'en va pas de sa volonté , ne faudrait-il pas dire " contraint " , si le travail est une fatalité comme vous le dite , l'homme , face à cette nécessité , n'est-il pas " contraint " , dans le sens d'une pression , d'une violence qui s'exerce sur lui et qui le place devant le travail comme condition de sa survie ?

Pauladeb le 16/06/2010 à 09:13 - 72000

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