Faut-il philosopher pour bien vivre ?
(voir les positions de Calliclès et de Thrasimaque dans « le Gorgias » et « la République » de Platon, de Pascal dans « Les pensées »)
Toute société a besoin de régler les conflits entre les désirs individuels concurrents pour qu'ils ne débouchent pas sur l'extrême violence généralisée, indifférenciée et autodestructrice. Et pour cela, elle doit, non pas éradiquer la violence et l'égoïsme , car elle font partie de lutte pour la vie dont la victoire est la condition du bien vivre ici-bas, mais la modérer et la contenir dans un cadre régulateur dont les conditions sont : des valeurs collectives indiscutables et une autorité politique stable pour les faire respecter ; celle-ci est l'état ou force publique organisée destiné à garantir l'ordre public tout en permettant à chacun de faire valoir son droit au bonheur (son désir propre) en fonction de sa puissance et de ses capacités propres dans une saine, stimulante et donc dynamique concurrence pour le pouvoir, la richesse, les honneurs et les plaisirs qui constituent les motivations universelles des hommes en vue du bonheur.
Or la réflexion philosophique, en tant qu'elle pratique le doute et la recherche du fondement, remet nécessairement en question ce cadre régulateur pour la simple et bonne raison qu'il n'est jamais rationnel : aucune valeur commune n'est universellement démontrable et, plus grave, efficace ; leur efficacité régulatrice dépend, en effet, comme le rappelle Pascal, des habitudes et des traditions conventionnelles, des situations, des jeux sociaux et des représentations symboliques qu'ils mettent en jeu ; ex : les valeurs de la guerre ne sont pas celles de la paix, les valeurs du commerce, celles de la vie amoureuse ; du sport, celles de la solidarité universelle etc.. Elles sont collectives et transrationnelles car elles visent à répondre au désir de sécurité dans un rapport complexe à l'insociable sociabilité des hommes, relativement à telle situation et à tel type de danger de perte ou telle chance de gain dont l'évaluation est rationnellement toujours discutable. Elles sont toujours des compromis boiteux et ambigus , en effet peu rigoureux et variables, entre des exigences et des intérêts opposés. C'est pourquoi le conformisme plus ou moins aveugle est nécessaire à la paix civile ; une société et des règles et valeurs purement rationnelles (idéaux universels et catégoriques) serait invivable et inhumaine, car le désir philosophique de rationaliser la vie sociale, et la morale commune qui en est le ciment, débouche nécessairement soit sur l'anarchie (penser par soi-même contre toute autorité extérieure et le conformisme ambiant) qui verrait le retour de la violence généralisée, soit sur un totalitarisme rationaliste liberticide, car contraire au jeu du désir et des intérêts qui anime la recherche du bonheur propre de chacun : Le philosophe-roi de Platon doit (re)mettre les citoyens à la raison, par l'éducation programmée dès le berceau par l'état, mais aussi la force et la tromperie si nécessaire, et réprimer la propension naturelle des individus à vivre pour satisfaire leurs passions irrationnelles. Cette vision philosophique de la vie est donc fondamentalement contraire au bonheur de tous ceux, la quasi-totalité, qui ne sont pas philosophes et n'ont aucun goût pour la philosophie ; c'est à dire ceux qui vivent une vie de chair et de sang, qui vivent leur et dans leur corps, sous la détermination de leurs pulsions vitales en vue des plaisirs sensibles.




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cette fiche est interessante dans la mesure ou elle traite des 2 notions et de plus elle montre bien le lien entre celles ci
erding le 16/06/2010 à 12:10 - 74250
Permettez moi d'émettre une petite objection , vous répétez ici plusieurs fois la notion d'obligation , " L'homme est obligé d'inventer et de fabriquer des objets parce que " , or il me semble que l'obligation suppose la liberté . Vous soulignez pourtant la nécessité du travail comme condition de la survie de l'homme . L'homme n'est alors pas libre devant le travail , il n'en va pas de sa volonté , ne faudrait-il pas dire " contraint " , si le travail est une fatalité comme vous le dite , l'homme , face à cette nécessité , n'est-il pas " contraint " , dans le sens d'une pression , d'une violence qui s'exerce sur lui et qui le place devant le travail comme condition de sa survie ?
Pauladeb le 16/06/2010 à 09:13 - 72000
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