Faut-il philosopher pour bien vivre ?
La thèse des adversaires de la philosophie n'est valide que si l'on admet que la vie pratique et sociale, voire personnelle peut être, dans n'importe quelles conditions historiques, régulée par les moyens de la force irrésistible et des conventions, voire des convictions religieuses et politiques incontestés. Or la réflexion philosophique apparaît et se développe justement lorsqu'une crise grave affecte les valeurs dominantes et la légitimité de l'état et des décisions ou des non-décisions dont il est rendu responsable, bref dans une période de trouble et de pluralisme idéologique, éthique et politique sous la pression des influences, des intérêts et des passions contraires.
Cela vaut particulièrement en un temps d'ouverture des échanges entraînant des conflits politico-idéologiques, voire un choc des cultures qui génèrent des luttes internes insolubles par la voie du retour à la tradition dont l'autorité devient,, de fait et même en droit, plus ou moins radicalement contestée et contestable, en tout cas impropre à éviter la violence anarchique et autodestructrice de toute vie sociale. La puissance des convictions religieuse opposées devient alors l'obstacle majeur du retour à un ordre consensuel minimal ; elle entraîne plutôt le risque de fanatisme aveugle dont la violence ne trouve aucune fin, sauf à sortir de la logique de la vérité absolue des croyances aveugles pour mettre en place les conditions d'un dialogue argumenté et rationnel, donc développer le mode de penser philosophique. La réflexion philosophique n'est donc jamais la cause de la guerre des Dieux et entre les convictions idéologique et politiques, voire des contradictions internes à chaque individu qu'elle engendre, mais sa conséquence ; et cette conséquence, qui exprime les contradictions sur le mode rationalisé du débat public entre les points de vue, est seule potentiellement bénéfiques en cela, qu'elle seule peut permettre de renouer les fils rompus d'un dialogue rendu impossible par le jeux des croyances irrationnelles et de déplacer le conflit du terrain de la haine, de la violence aveugle et terroriste et de la guerre civile ou inter-ethnique sur celui de la discussion politique en vue de restaurer le bien mutuel et/ou commun.
En cela la réflexion philosophique paraît la condition indispensable en une période de trouble et de changements sociaux et culturels rapides parce qu'elle développe pour le mieux vivre ensemble, la réduction du risque de violence et l'accroissement des chances et des possibilités de coopération, et pour le mieux vivre personnel, la capacité de prise de conscience et de cohérence maîtrisées de soi. Précisons les arguments.
La réflexion philosophique ne fait pas de la vérité, du bien, du sens de la vie personnelle et collective des certitudes préalables à sa démarche critique : ils en sont le résultat toujours discutable ; elle n'impose rien mais elle propose à la raison de chacun ce qui peut satisfaire sa recherche des meilleures voies du bien vivre, dès lors que toutes les autres, imposées par les traditions, reposant sur la dépendance inconditionnelle et les conventions bornées, ont fait la preuve expérimentale, de leur stérilité et de leur danger. Le doute ontologique vis-à-vis de la réalité bonne qu'elle met en oeuvre est actif, volontaire ; en cela il fait de chacun, en dialogue avec lui-même, un chercheur de vérité et de sens et ce dialogue suppose qu'il intériorise le dialogue avec les autres et se remettent lui-même en cause dans ses préjugés et ses opinions toutes faites.
Le dialogue critique, s'il peut prétendre à la vérité rationnelle, ne peut plus en faire l'objet d'un pouvoir politique et idéologique transcendant.
En cela Platon avec sa théorie du philosophe-roi s'est trompé et Aristote a raison d'affirmer que la politique et la vie publique bonnes exigent le débat public et que celui-ci ne peut être temporairement tranché que par les citoyens actifs qui se prononcent en conscience , à la majorité, sur fond d'argumentation rationnelle, a laquelle tous peuvent et doivent prendre parti et pour cela philosopher. Descartes n'a pas tort de penser qu'un homme peut toujours philosopher : dès lors qu'il peut parler, il peut raisonner et se raisonner. C'est affaire d'éducation et de désir d'autonomie. Les différences en ce domaine ne sont que relatives et transitoires : ceux qui sont les philosophes reconnus et savants ne peuvent qu'être qu'au service des autres dans cette démarche qui ne vaut comme philosophique que si elle est reprise par chacun pour se l'approprier en vue de son bien vivre, voire de son bonheur propres.
Les désaccords philosophiques entre les hommes peuvent-ils être surmontés ? Sûrement pas, mais comprendre les autres dès lors qu'ils peuvent se référer à des arguments rationnels valant pour tous car compréhensibles par tous, c'est déjà être en position de permettre un compromis régulateur entre des désirs et intérêts divergents et fonder une possible coopération. Ce qui exige des conditions éthiques que le dialogue philosophique, justement, permet d'instaurer.




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cette fiche est interessante dans la mesure ou elle traite des 2 notions et de plus elle montre bien le lien entre celles ci
erding le 16/06/2010 à 12:10 - 74250
Permettez moi d'émettre une petite objection , vous répétez ici plusieurs fois la notion d'obligation , " L'homme est obligé d'inventer et de fabriquer des objets parce que " , or il me semble que l'obligation suppose la liberté . Vous soulignez pourtant la nécessité du travail comme condition de la survie de l'homme . L'homme n'est alors pas libre devant le travail , il n'en va pas de sa volonté , ne faudrait-il pas dire " contraint " , si le travail est une fatalité comme vous le dite , l'homme , face à cette nécessité , n'est-il pas " contraint " , dans le sens d'une pression , d'une violence qui s'exerce sur lui et qui le place devant le travail comme condition de sa survie ?
Pauladeb le 16/06/2010 à 09:13 - 72000
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