Faut-il philosopher pour bien vivre ?
Devons-nous retrouver la puissance uniformisante de la tradition religieuse et l'ordre hiérarchique conventionnel sacralisé comme fondement du bien vivre, comme certaines sectes, dont on connaît les pratiques de manipulations dépersonnalisantes, s'y emploient ? Si dans les sociétés modernes pluralistes et laïques qui se veulent démocratiques, cela n'est ni possible, ni souhaitable, ne faut-il pas, alors, que chaque individu se fasse philosophe (libre penseur) pour être acteur autonome de sa vie et citoyen ? Mais comment réduire les dangers du penser par soi-même pour en faire un meilleur usage ?
Notre société est idéologiquement en crise permanente ; les valeurs de références pour décider des règles du bien vivre ensemble sont hétérogènes et lorsqu'elles ne le sont pas en apparence leurs interprétations et leurs applications, dans les décisions et conditions concrètes, sont plus ou moins contradictoires ; la pensée unique en matière de vie économique et sociale n'est que l'expression d'un rapport des forces entre dirigeants et dirigés, décideurs et décidés, politiquement contesté et contestable dans ses effets sociaux au regard de l'idée d'ordre public et celle de l'idée de l'égalité des droits et de la réciprocité des avantages. Aucune tradition religieuse, ni aucune convention profane ne peuvent s'imposer, dans les sociétés pluralistes et individualistes, pour faire accepter à ceux d'en bas la domination qu'ils ressentent (à tort ou à raison) de la part de ceux d'en haut ; l'inégalité n'est plus justifiable, ni en droit, ni en fait ; les pouvoirs politique et économiques sont sans fondements symboliques et idéologiques stables dans l'esprit des dirigés.
Il est alors stérile de croire que les sociétés modernes peuvent aujourd'hui fonctionner et se reproduire automatiquement par simple imitation unificatrice, car celles-ci, par le fait du développement de la compétition pour l'accès au pouvoir, au savoir et à l'avoir, aiguise les rivalités entre les groupes et les individus : pourquoi eux et pas nous ? La prévention contre les dérives violentes (vandalisme, grèves incontrôlées, terrorisme) ou autodestructrices (la drogue sous toutes ses formes, légales ou illégales) que génèrent la compétition et les inégalités sociales dans les sociétés de droit égalitaires exigent que chacun philosophe (réfléchisse d'une manière critique sur les fondements) sur les valeurs (vérité, bien, justice) et la manière de traiter les contradictions dont il fait l'expérience pour se construire un projet de vie autonome qui lui permette de s'affirmer comme individu sans aggraver, ni même pérenniser les inégalités insupportables et les violences qu'elles provoquent dont tous seraient alors victimes.
Le penser par soi-même est alors une condition de survie dans les sociétés individualistes et non plus communautaires dont la légitimité politique ne peut reposer que sur les exigences, à la fois fictives et nécessaires, de la démocratie dont la mise en oeuvre est toujours ambiguë et fragile (démagogie, dépolitisation, technocratie etc..) Cette mise à jour des conditions du débat démocratique, nécessaire à l'explicitation rationalisée des volontés (expression du désir d'être de chacun, en tant que désir d'être heureux), exige de chacun qu'il se fasse philosophe en vue d'un dialogue rationnel permanent avec les autres et lui-même pour savoir ce qu'il veut, peut, et doit faire pour bien-vivre avec soi et les autres en mettant systématiquement en doute ses croyances spontanées et ses préjugés acquis par imitation conformistes; dans un monde aux structures, aux influences et aux rapports de forces changeants, la réflexion philosophique, sur la plan individuel et politique apparaît comme le seul moyen de réduire le risque de violence généralisée et indifférenciée, il permet en effet de déplacer les conflits sur le plan de la discussion rationnelle et de neutraliser partiellement le libre jeu des rapports de forces, condition nécessaire pour négocier des compromis mutuellement acceptables.




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cette fiche est interessante dans la mesure ou elle traite des 2 notions et de plus elle montre bien le lien entre celles ci
erding le 16/06/2010 à 12:10 - 74250
Permettez moi d'émettre une petite objection , vous répétez ici plusieurs fois la notion d'obligation , " L'homme est obligé d'inventer et de fabriquer des objets parce que " , or il me semble que l'obligation suppose la liberté . Vous soulignez pourtant la nécessité du travail comme condition de la survie de l'homme . L'homme n'est alors pas libre devant le travail , il n'en va pas de sa volonté , ne faudrait-il pas dire " contraint " , si le travail est une fatalité comme vous le dite , l'homme , face à cette nécessité , n'est-il pas " contraint " , dans le sens d'une pression , d'une violence qui s'exerce sur lui et qui le place devant le travail comme condition de sa survie ?
Pauladeb le 16/06/2010 à 09:13 - 72000
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