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Faut-il philosopher pour bien vivre ?

Sur le plan personnel

La réflexion philosophique prend sa source dans l'exercice systématique du doute ou de l'étonnement ; cela conduit-il forcément au scepticisme dépressif et à l'impuissance induite par la perte de confiance en soi?
Le doute peut être subi ou volontaire ; il est subi lorsqu'il n'est que le résultat d'une situation de crise intérieure irréfléchie induite par une situation extérieure paradoxale: conflits des influences, contradictions entre les autorités ou les conventions, crise des valeurs (guerre des dieux),etc..

Ce doute est angoissant, voire paralysant ; le sujet non seulement ne sait plus que penser ou croire mais il est menacé dans son désir d'être car ce doute subi compromet en lui la possibilité de (se) construire un projet existentiel (qui engage le sens de la vie) valorisé et valorisant. Mais il devient volontaire lorsqu'il est philosophique, c'est à dire lorsqu'il remet en question les valeurs en crise, en examinant les contradictions auxquelles elles conduisent pour tenter de définir une ligne de pensée et de conduite moins incohérente ; Ainsi, la réflexion philosophique a comme première fonction de transformer le doute subi en doute volontaire ; le sujet peut alors se reconnaître comme sujet actif et autonome et, par cette autonomie conquise, s'arracher à la spirale de la dépression.

Vis-à-vis de celle-ci quatre attitudes sont, en effet, possibles.

=> Celle de l'autruche qui se met la tête dans le sable et tente de ne pas voir les contradictions de la (sa) vie (tout baigne ; il n'y a pas de problème !) Le divertissement dans la fuite vers les plaisirs immédiats et éphémères est privilégié ; la drogue, légale ou illégale, chimique ou autre, est appelée en renfort.

=> Celle par laquelle le sujet refuse le doute en s'enfermant dans une secte religieuse ou politique ou dans une structure organisationnelle forte sous l'autorité indiscutable de dirigeants ou de maître à penser auxquels il s'identifie aveuglément afin de se protéger contre les autres et le monde extérieur en crise qui l'angoisse.

=> Celle par laquelle le sujet cherche à s'arracher aux déceptions de la vie présente pour accéder à une vie réconciliée ici-bas ou après la mort; c'est la tentation de la fusion mystique avec l'Etre absolu divin (la foi).

=> Celle par laquelle le sujet tente de prendre conscience, d'une manière distancée par la production et la mise en oeuvre de concepts rationalisés (anthropologie) ou d'une manière participative par le jeu des symboles et des métaphores de l'imagination sensible (l'art), des contradictions de la (sa) vie pour les comprendre afin d'en faire un usage créateur en se construisant un projet de vie autonome et lucide. C'est le désir de se connaître rationnellement en tant qu'individu particulier (la psychologie) vivant en société à un moment donné (la sociologie et l'histoire) en tant qu'homme participant à l'universel humain (la philosophie). Cette attitude convertit le doute passif en doute actif afin de permettre au sujet de choisir en connaissance de cause, entre les différentes options de vie possibles, celle qui lui paraît raisonnablement la plus avantageuse, c'est à dire la plus personnellement valorisante et la plus universellement sensée.

Les trois premières attitudes dépossèdent le sujet de lui-même pour en faire un être dominé et manipulé par des influences extérieures ; l'attitude philosophique seule rend possible la construction d'un projet autonome de vie, plus satisfaisant dans une société qui valorise l'individu aux dépens de l'identité/appartenance collective.

Elle exige la mise en doute des idées toutes faites, la remise en question de soi et exige que l'on explicite les paradoxes apparents de la vie et de la pensée pour ensuite tenter de définir et d'expérimenter, sinon des solutions susceptibles de résoudre ces contradictions, au moins des projets de vie et de pensée moins illusoires car moins incohérents. Philosopher c'est donc problématiser et conceptualiser les contradictions de la vie qui (et que) mettent en jeu les différentes conceptions de la pensée de l'existence humaine et poser les questions pertinentes qui sont susceptibles de permettre de régler d'une manière plus cohérente et sensée ces contradictions. Philosopher c'est vivre et utiliser la crise permanente des valeurs et des références idéologiques dans la société moderne en l'approfondissant pour en faire un usage libérateur et donc plus heureux.

Mais la question est alors de savoir comment il faut penser philosophiquement par soi-même pour réduire les dangers de la pensée autonome.

Auteur : Gigii
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cette fiche est interessante dans la mesure ou elle traite des 2 notions et de plus elle montre bien le lien entre celles ci

erding le 16/06/2010 à 12:10 - 74250

Permettez moi d'émettre une petite objection , vous répétez ici plusieurs fois la notion d'obligation , " L'homme est obligé d'inventer et de fabriquer des objets parce que " , or il me semble que l'obligation suppose la liberté . Vous soulignez pourtant la nécessité du travail comme condition de la survie de l'homme . L'homme n'est alors pas libre devant le travail , il n'en va pas de sa volonté , ne faudrait-il pas dire " contraint " , si le travail est une fatalité comme vous le dite , l'homme , face à cette nécessité , n'est-il pas " contraint " , dans le sens d'une pression , d'une violence qui s'exerce sur lui et qui le place devant le travail comme condition de sa survie ?

Pauladeb le 16/06/2010 à 09:13 - 72000

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