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Faut-il philosopher pour bien vivre ?

Philosopher comme condition du bonheur

Les philosophes et les sages ont toujours montré que l'expérience de la vie nous enseigne que tous les plaisirs ne font pas le bonheur et que les désirs passionnels conduisent à la désillusion et la violence possessive et/ou destructrice. En effet, parce qu'ils prennent le plaisir comme fin en soi, ils sont illimités en cela qu'ils excèdent sans mesure ce qui nous est nécessaire et se trouvent toujours en conflit avec les désirs des autres et la réalité ; d'autre part ils s'aiguisent à l'infini de par l'impossibilité de les satisfaire d'une façon durable : tout désir satisfait ne laisse après lui que la trace de sa disparition ; ce qui pour compenser la tristesse et la déception que cela entraîne pousse l'individu à désirer toujours davantage.
Le désir, livré à sa seule logique, débouche alors nécessairement sur la violence, en soi (dépendance passionnelle), sur soi et sur les autres ; voire fait de la violence elle-même la source ultime et la plus intense du plaisir, car elle est confondue avec la toute-puissance sans limite sur les autres et sur le monde dont le sujet peut temporairement tirer le sentiment, en effet momentanément gratifiant, de sa supériorité et de sa valeur éminente (pouvoir de tuer et de dominer comme forme d'expression apparemment objective de l'amour de soi).

Or ces plaisirs violents et ce désir passionnel de violence fusionné avec toutes les autres formes de désir font le malheur des hommes en cela qu'ils les rendent dépendants de leurs passions, les rendent donc passifs (la drogue est violence sur soi et entraîne la violence sur les autres) et les dégradent à terme dans le sentiment de leur valeur, d'abord par le rejet, voire la haine déshumanisante et à son tour dangereuse des autres, et l'incapacité où ils se placent de se reconnaître dans quelque valeur, nécessairement universalisable et justifiable et donc supérieure à soi : l'estime de soi qui est la condition de tout bonheur durable par delà les circonstances favorables temporaires (génératrices de plaisirs extérieurs) :Nul ne peut être heureux, en effet, sans s'aimer lui-même à travers une valeur généralisable, donc nul ne peut être heureux sans chercher à être respecté et reconnu par les autres. Philosopher c'est donc s'affirmer comme autonome dans ses rapports avec les autres en maîtrisant nos désirs dans le sens de valeurs plus rationnelles, condition d'une reconnaissance positive durable par les autres et par soi.

En l'absence de critères religieux hégémoniques pour définir le bon sens et les vraies valeurs de bien vivre ; chacun, pour être heureux, c'est à dire durablement content de lui, est alors appelé à se raisonner lui-même et donc à philosopher pour accroître le sentiment de sa valeur propre qui passe par l'amélioration dialogué de ses relations avec les autres. Quant au bien vivre ensemble il exige, dans une société pluraliste à évolution rapide des modes de vie, des statuts, des rôles et des fonctions, non la régulation autoritaire, conformiste, conventionnelle, voire religieuse et/ou politique, mais l'autorégulation raisonnable des comportements individuels autour de règles plus conscientes et plus rationnelles du bien vivre objet d'un débat public et argumenté dont la forme doit être critique et autant que faire ce peut rigoureuse donc philosophique. Un tel débat ne peut être démocratique que s'il est philosophique ; toute autre forme fait toujours déraper la démocratie vers l'autoritarisme, voire le totalitarisme démagogiques.

Mais, d'une part, la philosophie ne s'est pas toujours inscrite dans l'histoire comme le garant du débat démocratique ; certains philosophes comme Platon ont même explicitement condamné la démocratie, tout en profitant de la liberté de penser qu'elle garantit et en faisant profiter de leur critique le débat démocratique pour en corriger les défauts. D'autre part à vouloir opposer la raison au désir ; la philosophie ne risque-t-elle pas de compromettre la joie qui implique que chacun se sente réconcilié et content de lui (sentiment de sa propre perfection dit Spinoza pour définir le bonheur) en tant qu'individu indissociablement sensible, social et intelligent ?

Si une certaine manière de philosopher prétend à une vérité purement rationnelle unique et donc peut sembler verser dans un totalitarisme idéologique rationalisé une nouvelle forme de dogmatisme froid et mort justifiant certaines critiques des adversaires, y compris philosophiques, de la philosophie, il convient de nous interroger alors sur la question de savoir comment philosopher pour en réduire le risque et accroître le pouvoir de la réflexion philosophique comme condition du bien vivre.

Auteur : Gigii
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cette fiche est interessante dans la mesure ou elle traite des 2 notions et de plus elle montre bien le lien entre celles ci

erding le 16/06/2010 à 12:10 - 74250

Permettez moi d'émettre une petite objection , vous répétez ici plusieurs fois la notion d'obligation , " L'homme est obligé d'inventer et de fabriquer des objets parce que " , or il me semble que l'obligation suppose la liberté . Vous soulignez pourtant la nécessité du travail comme condition de la survie de l'homme . L'homme n'est alors pas libre devant le travail , il n'en va pas de sa volonté , ne faudrait-il pas dire " contraint " , si le travail est une fatalité comme vous le dite , l'homme , face à cette nécessité , n'est-il pas " contraint " , dans le sens d'une pression , d'une violence qui s'exerce sur lui et qui le place devant le travail comme condition de sa survie ?

Pauladeb le 16/06/2010 à 09:13 - 72000

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